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Sortie le 9 octobre 2013

Synopsis : 

Dans la banlieue de Boston, deux fillettes de 6 ans, Anna et Joy, ont disparu. Le détective Loki privilégie la thèse du kidnapping suite au témoignage de Keller, le père d’Anna. Le suspect numéro 1 est rapidement arrêté mais est relâché quelques jours plus tard faute de preuve, entrainant la fureur de Keller. Aveuglé par sa douleur, le père dévasté se lance alors dans une course contre la montre pour retrouver les enfants disparus. De son côté, Loki essaie de trouver des indices pour arrêter le coupable avant que Keller ne commette l’irréparable… Les jours passent et les chances de retrouver les fillettes s’amenuisent…

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L'avis de Flavia : 

Jusqu’où iriez-vous pour retrouver votre enfant disparu ?

Denis VILLENEUVE choisit de traiter le sujet très délicat de l’enlèvement dans son nouveau film « Prisoners ». Anna et Joy, deux fillettes de six ans, sont enlevées alors qu’elles jouent dans leur rue. Une course contre la montre commence alors pour les retrouver.

L’enlèvement d’enfants est un sujet qui effraie, touche tout le monde et la peur que cela puisse nous arriver aide le spectateur à s’identifier aux différents personnages de ce film très sombre. Nous sommes d’emblée confrontés à une ambiance pesante et froide, à l’image des paysages et de la ville de Pennsylvanie où se situe l’histoire. La photographie glaçante retranscrit très bien l’atmosphère dérangeante de ce film.

L’histoire est racontée à travers deux points de vue : celui de Keller (Hugh Jackman), père d’une des petites filles portées disparues et celui de l’inspecteur Loki, interprété par Jack Gyllenhaal.

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Hugh Jackman prouve ici qu’il est excellent dans un autre registre que celui du héros de film d’action (comme X Men qui l’a révélé au grand public). Il est très juste dans le rôle du père dévasté et perdu face à son impuissance à trouver le ou les coupables de ce kidnapping mais prêt à tout pour y arriver. Il réussit à obtenir notre compassion ainsi que notre compréhension, malgré ses actions qui ne sont pas toujours des plus catholiques. Face à lui Jack Gyllenhaal, tourmenté et frustré de ne pas comprendre ce qui s’est réellement passé, est vite dépassé par les événements, tout comme le spectateur. Un très bon duo, renforcé par le très talentueux Paul Dano (vu dans Little Miss Sunshine).

Le film excelle dans la construction croissante de l’angoisse et du suspens. À chaque fois que l’on croit enfin tenir la réponse, un rebondissement fait que l’on avait tout faux, et pourtant la solution est toujours juste devant nos yeux.

Au suspens intenable, grâce aux acteurs qui portent le film à merveille, mais surtout grâce au très bon scénario de Aaron Guzikowski, Prisoners prouve ne pas être un quelconque autre film sur la disparition d’enfants. Il nous met mal à l’aise, on se remet en question pendant ses 2h30 en se demandant « qu’aurais-je fais à la place du père ? ».

La fin justifie-t’ elle les moyens ? 

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L'avis de Swann : 

A première vue, Prisoners est un thriller qui se situe entre Mystic River et Le Silence des Agneaux, ce qui est un gage de qualité quand on aime ce genre de cinéma. Et bien que la trame du film soit l’enlèvement d’enfants, l'histoire n’est, dans le fond, qu’un prétexte pour dépeindre une Amérique où le rêve n’existe plus où le quotidien, celui de la working class (Hugh Jackman le père d'une des petites filles enlevées) est d’aller à la chasse et de garder la foi en toute circonstance. Bon chrétien oui mais capable de basculer en bête sauvage.

Certaines scènes sont à la limite du supportable et le film flirte avec l'horreur mais le réalisateur est assez adroit pour ne jamais tomber dans le panneau. Tous coupables et les limites de l'auto justice sont également les thèmes qui reviennent tout au long du film. Ici pas de super flic moderne mais un inspecteur sombre, tatoué et bourré de tics: rôle interprété magistralement par Jake Gyllenhaal. Que dire de Hugh Jackman, à des années lumières de son personnage des X-Men et incroyable dans ce rôle d’ouvrier, désemparé et complétement limite. Les seconds rôles ne sont pas en reste: Maria Bello et Terrence Howard complètent ce prodigieux casting.

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Pour son premier passage, avec un script made in Hollywood, le réalisateur canadien Denis Villeneuve (qui s'était déjà fait remarquer avec Maelström et Incendies) remplt pleinement son contrat avec ce petit bijou de deux heures trente, dégoulinant d'angoisse. Non seulement Denis Villeneuve maitrise son sujet, mais il a eu la classe et le privilège de pouvoir s'entourer de Joel Cox et Gary Roach pour le montage (monteurs de nombreux films de Mr Clint Eastwood) dont il est grand fan mais aussi Roger Deakins, directeur de la photographie et cadreur (Skyfall, Les Noces Rebelles et une grande partie des films des frères Cohen). On parle déjà de PRISONERS comme un sérieux candidats aux prochains Oscars.

Certains films vous laissent une trace ou deviennent cultes, on peux ranger Prisoners au moins dans une de ces catégories. Pour votre serviteur ce sont les deux.